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15.10.2026

Un Chagall à Besançon

15 octobre 2026 — 1 décembre 2026

Une œuvre de Chagall sort de l’ombre après 20 années passées dans les coffres des douanes françaises

Saisie par les douanes françaises en 2006 faute d’autorisation de sortie du territoire, une estampe de Marc Chagall a passé près de vingt ans dans les réserves de l’administration. Cédée aujourd’hui au musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon, cette gravure devient la première œuvre de cet artiste mondialement connu à rejoindre les collections bisontines.

L’étonnant destin d’une estampe oubliée depuis vingt ans
En 2006, les agents des douanes de Franche-Comté contrôlent un chargement d’œuvres d’art destiné à la Suisse. Deux pièces, dont L’Acrobate au violon, sont dépourvues du certificat autorisant leur sortie du territoire français. Les propriétaires renoncent alors à les récupérer et les cèdent à l’État français. L’estampe demeure pendant près de vingt ans dans les réserves de la direction régionale des douanes. Il y a quelques mois, sur proposition de la directrice de ce service, Estelle Rocklin, une conservatrice du musée est chargée d’expertiser l’œuvre et d’en établir la documentation scientifique. Les recherches permettent de confirmer l’authenticité de la gravure, ainsi que son intérêt pour le cabinet d’arts graphiques du musée bisontin.
L’entrée de cette oeuvre au musée suit alors le processus réglementaire défini par le code du patrimoine. L’oeuvre est d’abord présentée devant la commission scientifique régionale des musées de Bourgogne – Franche-Comté, qui donne un avis sur toutes les acquisitions d’oeuvres ou d’objets dans les musées de la région. Puis la cession de propriété de l’estampe doit être soumise au vote du conseil municipal de Besançon. Ces procédures s’étalent sur plusieurs mois.

Entre ciel et terre
Né dans l’Empire russe au sein d’une famille juive, Marc Chagall (1887-1983) est l’un des plus célèbres artistes du XXe siècle, dont l’œuvre couvre des domaines variés : la peinture, la gravure, la sculpture, la céramique, la poésie, le vitrail, etc. Sans être rattaché à aucune école, mais marqué par le surréalisme autant que par la tradition juive et le folklore russe, il a créé un langage artistique singulier, immédiatement reconnaissable.
Réalisée en 1924, peu après l’installation définitive de Chagall en France, cette estampe intitulée L’Acrobate au violon appartient à une période particulièrement féconde, durant laquelle l’artiste développe son univers poétique à travers la gravure autant que la peinture.
On y voit un acrobate à longue barbe, coiffé d’un chapeau, accompagné d’un étrange animal jouant du violon. Ces motifs de l’acrobate et du violon, et plus largement l’univers du cirque, sont récurrents dans l’œuvre de Chagall. Réminiscence des cirques itinérants rencontrés en Russie dans sa jeunesse, ils apparaissent dans son œuvre dès les années 1910. Des dessins réalisés à son arrivée à Paris attestent aussi de ses visites au cirque Medrano. Musiciens, jongleurs, trapézistes ou écuyères peuplent des compositions où le rêve semble suspendre les lois de la gravité. Ces personnages perchés, flottant entre ciel et terre, sont souvent associés à des scènes paisibles, évoquant la joie de vivre. Ils sont aussi, parfois, des figures proches de l’artistes lui-même, dans une identique fragilité : à tout moment, le public peut ne pas être séduit et se détourner, à tout moment l’artiste peut être défaillant. Comme Pablo Picasso, Chagall associe le monde des saltimbanques au tragique de l’existence : « Le cirque est la représentation qui me semble la plus tragique. À travers ces siècles, c’est le cri le plus aigu dans la recherche de l’amusement et de la joie de l’homme. »